Spider of the year 2020 – FR

Araignée de l’année 2020

Araignée radeau – Dolomedes fimbriatus (Clerck, 1757)

 

L’araignée radeau, Dolomedes fimbriatus (Clerck, 1757), appartient à la famille des araignées à toile pouponnière (Pisauridae). Dans le monde, cette famille compte 353 espèces avec 7 présentes en Europe dont 2 dans le genre Dolomedes: D. fimbriatus et D. plantarius (Clerck, 1757).

L’araignée radeau a une distribution paléarctique. En Europe centrale, elle se rencontre principalement des plaines aux collines (jusqu’à 800m d’altitude), avec des records jusqu’à 1250m d’altitude en Autriche, pouvant être abondante dans certains milieux. Suite à la destruction de bon nombre de ses habitats préférentiels (landes et zones humides), elle est devenue plus rare, bien qu‘elle ne soit pas considérée comme menacée. En raison du changement climatique, il est probable qu’à l’avenir, elle soit placée dans la catégorie des espèces en voie de disparition.

Avec une longueur de corps de 15-22 mm chez les femelles et de 10-13 mm chez les mâles, l’araignée radeau est l’une des plus grandes espèces européennes. Le corps, d’allure assez trapue, présente une coloration de base de brun jaune à brun noirâtre (chez les juvéniles de verdâtre à olive) avec généralement deux bandes pâles s’étendant sur les bords du céphalothorax et de l’abdomen (bien que pas toujours présentes).

Cette dolomède affectionne les rives de plans d’eau stagnante ou s’écoulant lentement, dans des landes, des prairies humides ou encore des forêts gorgées d’eau. Elle capture ses proies sans utiliser de toile, près des plantes, à l‘affût d‘insectes aquatiques, de têtards ou de petits poissons. Pour chasser D. fimbriatus se déplace habilement à la surface de l’eau, restant en tension superficielle au-dessus grâce à ses épaisses couches de soies ; celles qui sont situées à l’extrémité des pattes en particulier la renseignent sur les mouvements des proies sous l’eau. Lorsqu’elle en a ressenti une, elle plonge pour l’attraper, comportement qu’elle peut aussi adopter en cas de danger. Pendant la plongée, une bulle d’air se forme autour du corps, qui disparaît quand l‘araignée remonte en surface laissant ainsi un individu émergent d’aspect sec.

L’accouplement a généralement lieu en mai ou juin, la période de ponte débutant vers la fin du mois de juin. Les oeufs sont contenus dans un cocon de soie blanchâtre d‘environ 1cm de diamètre (contenant jusqu’à 1000 œufs), cocon qui est constamment porté par la femelle à l’aide de ses pièces buccales (et non attaché aux filières comme chez les araignées-loups!). Peu avant l’éclosion, le cocon est suspendu dans la végétation près du bord de l’eau, entouré de fils de soie formant une sorte de dôme appelé toile pouponnière, et gardé par la femelle contre les prédateurs éventuels. Plus tardivement dans la saison estivale, une nouvelle ponte peut avoir lieu, mais avec un nombre plus réduit d’œufs. Le développement de ces araignées dure apparemment deux ans. Ils hivernent généralement en tant que subadultes et muent ensuite jusqu’à la maturité sexuelle début mai. Dolomedes fimbriatus est présent presque toute l’année et peut être observé assez facilement de mars à octobre, en particulier les femelles; la période d’activité principale des mâles s’étendrait de mai à août, au moins pour ceux qui vivent plus d’un an.

En Europe (centrale), il existe une autre espèce, Dolomedes plantarius, d’aspect (généralement sans rayures pâles), de taille (longueur du corps des mâles 10-16 mm / femelles 13-20 mm) et également d‘habitat similaires, avec néanmoins une préférence pour les grands lacs et les landes. Cette espèce semble encore plus étroitement attachée à l’eau et recherche des rives ouvertes ensoleillées pour sa reproduction. D. plantarius est principalement rencontrée d’avril à août, les femelles visibles jusqu’en septembre. Généralement, cette espèce ne se trouve que rarement. Une identification définitive n’est cependant possible qu’à partir des caractères génitaux.

Pourquoi ce choix de l’araignée radeau comme araignée européenne de l’année? Tout d’abord, cette espèce est l’une des plus grandes araignées européennes, facilement visible sur les rives des lacs et des rivières; de plus elle montre également des adaptations remarquables à cet habitat, qui est malheureusement de plus en plus perturbé. L’espèce est particulièrement menacée par les travaux de construction sur les berges, l’élimination des roselières et des nénuphars, l’assèchement des landes et la réduction de la taille des milieux humides appropriés.

Donc le choix de cette araignée pour l’année 2020, permet non seulement de continuer l’acquisition de connaissances sur un groupe zoologique «impopulaire», mais également de faire référence à des habitats menacés. Dans le même temps, les scientifiques espèrent obtenir des données actuelles sur sa distribution. En ce sens, profitez de cette découverte de l’araignée de l’année et aidez-nous avec vos informations de localités ou avec une photo pour documenter cette espèce.

L’araignée européenne de l’année a été choisie par 83 arachnologues de 26 pays européens. La coordination est assurée par le Musée d’histoire naturelle de Vienne, en collaboration avec l’Arachnologische Gesellschaft (AraGes) et la Société européenne d’arachnologie (ESA).

Christoph Hörweg & Christine Rollard

Posted in Spider_of_the_year_2020